DIRE LE MONDE
C’est d’abord une joie. Celle d’inaugurer, avec cette première rentrée littéraire du Cercle ouvert, une aventure éditoriale conçue pour proposer une littérature ambitieuse et inventive.
Le nom même de « Cercle ouvert » suggère un certain rapport à l’édition : une maison qui se veut un espace convivial, amical, où toutes les autrices et tous les auteurs sont considérés avec le même engagement et la même attention.
Le cercle, dans sa longue tradition sociétale, c’est un endroit où se réunir, échanger, créer, jouer, agir collectivement : en somme, faire communauté. Mais le cercle ne doit pas se clore sur lui-même : ouvert, il accueille, il inclut, il est un foyer d’émulation et de renouveau. Nous aimons l’idée que l’édition puisse réaffirmer ce plaisir de faire des choses ensemble, et que les auteurs envisagent le cercle comme un lieu qui leur est dédié.
De même, la circulation d’un texte crée des liens entre ses lecteurs, et forme un cercle qui les réunit. Cette communauté de lecteurs, que l’on appelle du beau mot de « lectorat », nous voulons porter vers elle des œuvres qui permettent de « mieux comprendre le monde », comme le dit ici Alexis Jenni. Qui « pulvérisent nos convictions », pour citer Élise Lespade. Qui arpentent des paysages et racontent des vies fascinantes, ainsi que l’exprime Claudie Gallay.
Nous n’ignorons pas que les temps actuels sont chargés d’inquiétude. Confrontée à un monde complexe et brutal, à des mutations frénétiques, aux régimes de vérité instables, douteux, qui dévaluent le langage, aux intelligences qui s’artificialisent et menacent les créations de l’esprit, la littérature fait face à une réalité qui la questionne. Une réalité qu’elle se doit d’explorer et de déchiffrer, d’interpeler et de bousculer en retour.
Les trois romans qui paraissent en cette rentrée sont représentatifs de ce que le Cercle ouvert souhaite accueillir : entre autrices et auteurs confirmés – inscrits dans le paysage littéraire et dont nous accompagnons l’œuvre –, et nouvelles voix que nous découvrons et que nous nous réjouissons de révéler au lectorat. Curiosité, exigence et continuité : autant d’impératifs qui nous sont essentiels.
Ces trois livres, quoique différents et d’une singularité affirmée, ont en commun d’être traversés par un souffle puissant. Ils témoignent d’une foi intense dans la littérature romanesque, d’une confiance en sa faculté à dire le monde. Cette conviction est aussi la nôtre. Celle de proposer des livres qui « rendent heureux leurs lecteurs », pour reprendre encore les mots d’Alexis Jenni. Heureux, nous le sommes, d’ouvrir le Cercle avec eux.
Mathieu Larnaudie et Bertrand Py